Accueil > Divers, Etudes de cas > Darwinisme, Altruisme …. et Tango

Darwinisme, Altruisme …. et Tango

écrit par René Lefebure

2 oct

Un article qui peut sembler curieux et déplacé sur ce blog : quelle relation peut-il y avoir entre les 2 premiers termes et le Tango, et surtout quels enseignements puis-je en attendre pour faire du CRM ou du Big Data ?

En premier point, il s’agit d’éveiller votre curiosité pour les livres de Levitt et Dubner « Freakonomics et SuperFreakonomics » qui montrent comment les interprétations bonnes ou mauvaises des corrélations entre les données peuvent conduire à des décisions. Je le recommande à mes étudiants pour donner envie de faire de la statistique et comprendre l’apport de l’interprétation des données.

Personnellement j’ai beaucoup aimé, dans le premier livre, leur analyse entre les prénoms et la réussite professionnelle, et dans le second les fausses mauvaises idées sur le réchauffement climatique (on ne voit plus Al Gore de la même façon ensuite).

Bon, revenons maintenant au Tango et à ses applications possibles dans le domaine du CRM.

Tout le monde a au moins vu une fois dans sa vie un couple de Tango et pu apprécier la sensualité de cette danse. Il n’existe pas à ma connaissance de danse qui nécessite autant de communication non verbale entre un homme et une femme pour arriver à ce niveau de perfection. Le film « La leçon de Tango » restitue bien cette communication (enfin on le comprend surtout quand le danseur engueule la danseuse !).

Mais arriver à ce niveau de perfection nécessite beaucoup de travail. Hors, une fois n’est pas coutume, on peut constater qu’il existe une inégalité « Homme-Femme » … avec un avantage important pour le sexe féminin dans la progression de cette danse.

En effet, l’apprentissage du Tango est relativement long (environ 2 à 3 ans) et pour un couple, on constate assez rapidement une progression plus rapide de la Femme, que de l’Homme. Pourquoi cet écart si important dans la progression ?

Existe-t-il un gêne spécifique féminin pour le Tango ?

Personnellement je ne le pense pas et penche plus pour une possibilité d’apprentissage plus facile pour les femmes que pour les hommes ?

En principe, dans les cours de danse il existe un équilibre entre Homme et Femme (il y a 2 exceptions notoires avec la Danse Classique où les femmes sont majoritaires, et le Break Danse où les Hommes sont majoritaires), mais dans le Tango cette situation d’équilibre devrait être observée (la situation de Tango entre Homme à Buenos Aires au XIX siècle était liée à l’immigration).

Lors de l’apprentissage du Tango, on peut assez rapidement constater le comportement « altruiste » des bons danseurs hommes de Tango, qui invitent les débutantes à découvrir la sensualité et les subtilités de cette danse. On retrouve beaucoup plus rarement ce comportement « altruiste » chez les bonnes danseuses, à la fois parce qu’il n’est pas plaisant pour elles de se faire bousculer ou marcher sur les pieds, et les conventions sociales font qu’il est assez complexe pour une femme d’inviter un homme (ce qui ne l’est pas en Argentine … soit dit en passant).

Donc les occasions d’apprentissage et de progression sont beaucoup rapides pour une femme, que pour un homme. Au bout de 3 ans de pratique, la femme a acquis sur l’homme un avantage compétitif certain. Si en plus elle est belle, jeune et jolie, elle est assurée de remplir son carnet de bal, au grand dam de son compagnon relativement moins à l’aise.

Si on projette cette tendance, on devrait donc constater dans les bals, une croissance très importante de femmes expertes et d’hommes maladroits. Hors, cet avantage de compétences connait une limite qui peut s’interpréter dans une logique Darwinienne avec la sélection naturelle.

Le premier facteur est l’abandon de la population masculine devant la difficulté de cette danse (c’est plus cool de faire de la salsa ou du rock, voire de rester à regarder le match de foot).

Le second facteur est lié à la croissance de la population féminine « experte » (nous ne parlerons pas de prolifération). Dès que le déséquilibre entre les « bons danseurs » et les « bonnes danseuses » s’installe la compétition commence. Rapidement, la rareté du « bon danseur » se traduit par une limitation du nombre de danses pour les danseuses, qui peut conduire certaines à la renonciation de l’exercice.

Dans cette logique « darwinienne » une situation d’équilibre se reconstruit à chaque début de saison.

Si on décode le comportement « altruiste », on retrouve sur un cycle long une mécanique de domination « douce » des « bons danseurs » qui ont un choix toujours important et renouvelé de « bonnes danseuses ». On constate donc que l’altruisme du départ peut s’interpréter comme une gestion intelligente d’une stratégie de renouvellement. Bref les « bons danseurs » de Tango sont écologiques, ils ont compris le sens du renouvelable !

Une nouvelle fois l’altruisme apparait comme un moyen de se préserver une position future (cf un article de Levitt et Dubner).

Je pense avoir apporté un regard différent sur le bal Tango (:-).

Maintenant que peut-on en tirer dans une logique de gestion d’un projet CRM ?

Point 1 : il est important de comprendre les rapports de force en présence lors de la mise en place d’un projet CRM. La situation existante dans l’entreprise se traduit forcément par des positions dominantes, la menace de la rupture de cet équilibre par le nouveau système doit être anticipée. Il faut gérer ce changement.

Quelle réaction puis-je attendre de mes danseurs de Tango si je fais venir 30 maîtres argentins à demeure à Lille ?

Point 2 : il est vital de décoder les points d’équilibre dans un projet CRM. Quel sera le levier sur lequel je peux agir avec le minimum de force pour obtenir le maximum d’effet. Il s’agit souvent d’identifier le « vrai paramètre » de changement pour changer le système.

Le développement de l’altruisme chez les danseuses de Tango permettrait-il de sortir de la situation actuelle ?

Mes remerciements à Jeannette et Marie Noëlle pour leurs altruismes.

Point 3 : il faut anticiper les problèmes, ne pas se laisser bercer par le « faux altruisme » et mettre en place des scénarios alternatifs au démarrage du projet. Il n’y aura pas « un chemin » mais des « chemins ». A ce titre, les méthodes agiles sont beaucoup plus efficaces que les cahiers des charges longs en spécifications.

Peut-on réellement compter sur les bons danseurs de Tango pour faire progresser un homme, un potentiel compétiteur ?

Mes remerciements à Jean Claude pour ses conseils altruistes.

Pour terminer sur une note plus personnelle, ironique et une recommandation pour les « mauvais danseurs » de Tango Homme (ce que je suis). Devant cette situation, il faut savoir développer une stratégie adaptée :

– Etre un bon observateur en repérant les « bonnes danseuses non altruistes » (la majorité) et les « danseuses débutantes ou altruistes » pour s’assurer un minimum d’existence,

– Utiliser d’autres facteurs compétitifs en explorant d’autres bals où le statut d’inconnu se traduit par un avantage (Un Français à Buenos Aires) afin de développer ses compétences, merci à Nuria, Carmen et Ingrid (une Allemande) d’avoir accepter mes pieds maladroits,

– Etre reconnaissant des non progrès de sa partenaire (… merci à ma jolie Sophie chérie pour tous les efforts qu’elle fait pour préserver notre équilibre),

et surtout … être persévérant.

En conclusion, le CRM c’est comme regarder un bal Tango

– Trouver ses amis et ses ennemis

– Savoir changer d’environnement pour apprendre

– Avoir une vision réaliste du projet.

Pas encore de commentaire

Faire un commentaire